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mercredi 30 mai 2018

Dassaut est mort, entre éloges et cynisme, les titres des journaux varient


Dassaut est mort, entre éloges et cynisme, les titres des journaux varient.

Symbole du capitalisme européen pour certains, homme ayant trempé dans différentes magouilles pour d'autres (ce qui peut sembler redondant à d'autres), il s'en est allé au milieu d'une crise sans précédents dans notre histoire.
'Pourquoi la liberté de parole serait aux journalistes et pas aux actionnaires ? C'est quand-même extraordinaire, ça !' C'est cette citation qui m'a sauté aux yeux hier avant de me coucher, je pense très clairement en avoir rêvé toute la nuit, couché au sol entre deux buissons sous ma bâche plastique favorite, bien à l'abri de la pluie qui délave la France du sud au nord.
Si tu mets quelques dizaines de centimes dans un distributeur, et que tu choisis la cannette de Coca, c'est un Coca que tu auras, si tu as de la chance avec les différentes mécaniques concernées. Pas un Orangina, un Fanta ou des cacahuètes. Quand tu achètes un journal, c'est ce journal et ses opinions dont tu te rends responsable. Les opinions de ce journal sont là pour exprimer et défendre les vues politiques, sociales ou autres des gens qui sont derrière ce journal.
Il te faudra beaucoup beaucoup de cannettes de Coca pour prétendre avoir le droit de dire à Coca Cola, 'changez votre recette'.
Devenir 'patron' du Figaro pour leur dicter la ligne éditoriale, c'est un acte de guerre, puisqu'il entre en contradiction avec la dite 'liberté d'expression'.
Avoir un droit de regard c'est normal, mais s'étonner de ce que la liberté de l'actionnaire ne soit pas équivalente à celle du journaliste, c'est s'étonner de recevoir un Coca après avoir payé la machine pour obtenir ce résultat très précis.
Bien entendu, j'ai pris cette citation pour ce qu'elle me semble être à première vue, comme l'a sans doute fait la majorité des lecteurs de ce pays, c'est à dire comme l'expression très brutale et sans aucune discrétion d'un 'gros' capitaliste bien borné. 'Il s'est trahi', sans aucun doute...

Produire le fleuron de l'armée française en terme d'armement, et tenter de fuir le fisc... normal quand les soldats doivent débourser de leur poche pour que leurs chaussures ne soient pas trouées ?

Rien de bien surprenant à tout cela au final il me semble.

Nan, ce qui me surprend, c'est qu'après avoir sorti une ânerie pareille, le mec soit resté à son poste, il est quand même surveillé par une famille non ? Ou un état au moins, une opinion publique non ?
Dire que ce monde est une jungle et que tout ce qui compte c'est le fric, et que la fin justifie les moyens, c'est le genre de choses que l'on dit entre membres de la même clique, quand on est sûr qu'il n'y a pas d'oreilles dans les murs. Mais on ne dit pas cela à un journaliste.
Etait-il bête à ce point ? Gavé de lui même au point de penser pouvoir provoquer inutilement les gens en leur crachant à la figure ? Ou cela était-il une manœuvre diabolique destinée à provoquer de façon scientifique et neurologique les lecteurs en les poussant un peu plus vers une guerre civile inévitable quand l'armée elle-même se rend compte de la façon dont elle est traitée, quand le peuple se rend compte de la même chose ?

Je ne connais pas assez le personnage pour pouvoir me prononcer. Etait-il bête et méchant, ou faisait-il semblant ?

Cette citation a donc provoqué en moi une réaction épidermique. Quand on fait de la propagande, on prend soin de ne pas le montrer, quand on veut étouffer la justice, on ne le crie pas devant la porte d'entrée du tribunal, avec une corde à piano dans la main. Je le soupçonne d'avoir été tellement sûr du pouvoir que son argent lui conférait, qu'il en a omis de considérer qu'il n'était toutefois pas le maître du monde pour autant, corde à piano ou pas corde à piano. Un peu comme un assassin persuadé que les lieux du crime sont entièrement déserts. Dans son cas ; que le peuple de France serait incapable de lui rendre la monnaie de sa pièce. Car je suis persuadé que même dans le sud de ce si beau pays violé avec autant d'indolence, on sait apprécier les qualités du Figaro.

On dit d'un journaliste qu'il 'défend une opinion', une position politique. Un journaliste ce n'est pas un pamphlétiste, ou un satyre. Il ne fait pas des tracts de propagande, ou des listes de cibles. C'est un journaliste. Les journaux prennent toujours un ton plus dur lorsque la guerre est aux portes bien entendu. Mais lorsque certains journaux perdent le ton adéquat, ils sont alors qualifiés avec justesse 'd'instruments du pouvoir' ou autres qualificatifs du genre, avec justesse j'entends. Il arrive bien sûr que des journalistes soient qualifiés de la sorte à tort, même s'ils sont 'dans le ton', mais c'est une autre histoire...

Un journaliste est donc 'en défense' par la nature même de son activité. Ce n'est pas de la conquête, c'est de la description, de l'investigation, ou de la philosophie.

Acheter un journal pour en redéfinir la ligne éditoriale s'apparente donc à du viol, ou à de la trahison/infiltration, ou à une attaque toute simple contre la liberté d'expression justement, ce qui est criminel.
Une OPA agressive reste une manœuvre légale, même si elle est clairement acceptée comme faisant partie de la panoplie guerrière de l'acteur économique évoluant dans la jungle de ce monde.
Mais accepterait-on qu'une OPA sur un hôpital précède une injonction de mettre de la mort aux rats dans les vaccins pour bébés ?
Non, car l'hôpital reste soumis au droit du pays dans lequel il se trouve. Idem pour le journal 'le Figaro'. Donc avoir 'un droit de regard' sur ce qu'écrivent les journalistes, c'est prétendre devenir rédacteur en chef du dit journal suite à l'acquisition de position dans le capital action. C'est le directeur qui décide de comment fonctionne la machine. Les actionnaires peuvent prétendre à un rendement minimal des actions, mais pas à la façon dont le directeur gère les affaires, sauf en cas de mauvaise gestion bien entendu. Mais même dans ce cas, ça ne fait pas d'eux des directeurs compétents. Ils n'ont qu'à en trouver un autre, qui doit alors être suffisamment qualifié pour le poste.

S'il y avait bien un journal à ne pas acheter pour appliquer une telle politique de prédation économique assortie d'un tel bouquet d'insanités, c'est bien le Figaro.
Dans mes différentes enquêtes sur toute une série de sujets explosifs, je suis souvent retombé sur ce journal, y piochant des articles qui dépassaient le monde journalistique d'une petite coudée, des éléments manquants ailleurs, une vision synthétique particulière, ou une morale conclusive particulièrement lumineuse. Je n'ai pas enquêté sur ce journal (heureusement pour moi à l'époque, j'avais assez d'ennemis comme ça), et sans l'avoir fait à l'heure qu'il est, je tiens toutefois à leur tirer mon chapeau, car avec le peu d'expérience que j'ai dans le domaine, je sais toutefois à quel point cela peut être dur de mener son enquête dans des sujets difficiles ou épineux. Et si en plus c'est votre 'patron' qui vous met des bâtons dans les roues, il y a de quoi se mettre à manger sa chaise.

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